
Histoire de Dinan
La région de Dinan est habitée depuis le Néolithique, comme en témoigne la présence d’un dolmen en ruine à la sortie de la ville en direction de Lanvallay.
Sa proximité avec la grande et antique cité gallo-romaine de Corseul (du Ier siècle av JC au IVème siècle ) et le port gallo-romain de Taden (Entre le Ier et le IVème siècle) permet d’en déduire une occupation humaine à cette période.
L’histoire de Dinan est mieux connue à partir du XIème siècle, bien que le site eût été occupé depuis l’Antiquité.

RAO (Revue archéologique de l’Ouest) intitulé « Dinan (Côtes-d’Armor) : nouvelles données sur la ville médiévale », publié sur la plateforme OpenEdition Journals.
IXème siècle
Un premier édifice d’importance, l’abbaye Saint-Magloire de Léhon, est construit vers 850 sur les bords de la Rance. À peine un kilomètre la sépare du futur site de Dinan. C’est là que Nominoë, souverain de Bretagne de 845 à 851 et artisan de l’émergence d’une Bretagne unifiée et indépendante, fonde un prieuré dépendant de Saint-Sauveur de Redon et y dépose les reliques de saint Magloire.
L’afflux des nombreux pèlerins venus vénérer ces reliques, ainsi que la renommée et la richesse du monastère de Léhon, font rapidement de ce lieu un centre important.
La Rance devient alors une voie commerciale majeure et un port s’établit à proximité de Léhon, à l’endroit où s’arrête le flot de la marée montante (emplacement de l’actuel port).
Autour de ce port se forme un petit village, au pied du long plateau rocheux encore inhabité. C’est le début de l’occupation humaine et du développement de cette partie de la vallée de la Rance. En ce sens, on peut considérer que Léhon est à l’origine de la fondation de Dinan : par sa présence antérieure, le bourg a favorisé l’implantation de la future ville à l’endroit où elle s’est développée. À cette époque, le franchissement de la Rance s’effectuait vraisemblablement à gué.
L’importance du monastère de Léhon ne permettait pas de laisser ce lieu sans défense. Il était également essentiel de surveiller le cours de la Rance afin de le protéger des incursions des Vikings normands qui, avant même 850, avaient commencé à attaquer périodiquement les côtes de l’Armorique.
Tout porte donc à croire qu’une forteresse dominait déjà la Rance et l’abbaye à cette époque. Cette forteresse, devenue le château de Léhon, est toujours visible aujourd’hui.
Ce château aurait naturellement dû devenir le chef-lieu de la nouvelle seigneurie. Mais c’était sans compter sur l’autorité de l’abbé de Léhon, qui constituait à lui seul un obstacle majeur.
En effet, à Léhon, tout dépendait de l’abbé, à l’exception du château. Celui-ci se trouvait enclavé au milieu du domaine abbatial et des terres ecclésiastiques. Le seigneur n’aurait donc pas pu bâtir, comme c’était l’usage, une petite ville autour de sa forteresse sans risquer d’entrer en conflit avec l’abbé.
Par ailleurs, le site de Léhon se présente comme une gorge étroite, dominée de toutes parts, peu propice au développement d’une ville bénéficiant d’une position défensive forte. Le site de Dinan offre au contraire des avantages remarquables : un vaste plateau bordé de pentes abruptes formant un véritable rempart naturel. Sur cette hauteur, une agglomération pouvait naître et se développer librement tout en profitant d’une position facile à défendre.
XIème siècle
Aux environs de 1030-1040, le vicomte d’Alet (ancien nom de Saint-Malo) confie des terres et des droits seigneuriaux à son fils cadet, Josselin, avec pour mission de les mettre en valeur. C’est ainsi que naît Dinan, sur un domaine laïque échappant à l’autorité de l’abbaye de Léhon. Josselin devient le premier seigneur de la ville.
Le nom de Dinan était sans doute déjà utilisé pour désigner le petit port installé au bord de la Rance, et peut-être même quelques habitations dispersées sur la crête rocheuse. Ce promontoire naturel, véritable forteresse dominant la vallée, a fortement marqué l’identité du lieu. Le nom pourrait venir du vieux breton din, qui signifie forteresse, ou du gaulois dunon, la colline fortifiée.
Dès 1070, un premier pont est attesté sur la Rance. Il reposait à l’origine sur cinq arches, mêlant arcs en plein cintre et arcs brisés. L’une des arches côté Dinan, aujourd’hui comblée, est encore visible. C’est ce pont historique que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de « Vieux pont de Dinan ».
Pour protéger ce site stratégique, Josselin fait construire une première fortification en bois : la tour de Château-Ganne, installée sur une motte castrale entourée d’une palissade. Elle sera détruite vers 1170. Son emplacement se situerait aujourd’hui vers la sous-préfecture, sur le promontoire dominant la Rance, un point idéal pour surveiller le pont et le port en contrebas. Le lieu en a conservé le nom : la résidence du sous-préfet est encore appelée Château-Ganne.
Grâce à cette position exceptionnelle, Dinan se développe rapidement. Situé à la jonction entre la Rance maritime et la Rance fluviale, le port devient un lieu d’échanges actif avec l’Angleterre et les Flandres. Le Vieux pont, seul passage vers l’estuaire, permet le contrôle des échanges et la perception de péages. Plus haut, la rue du Jerzual constitue l’unique accès entre le port et la ville haute.
Le souvenir de cette époque apparaît même dans la tapisserie de Bayeux, sur la scène 19 représentant le siège de Dinan en 1064. On peut y lire l’inscription : « Hic milites Willelmi ducis pugnant contra Dinantes et Conan claves porrexit », soit : « Ici les soldats du duc Guillaume combattent contre les Dinannais, et Conan remet les clefs de la ville ». On y voit le duc de Bretagne Conan II capituler face au duc de Normandie.
Autour du pont, les quartiers du Jerzual côté Dinan et de la Madeleine côté Lanvallay se développent ensemble. La Rance n’a jamais vraiment été une frontière : elle relie plus qu’elle ne sépare.
À l’origine, ces deux rives sont d’ailleurs liées par une même dynamique religieuse. Avec l’essor du port et de la population, une première église Saint-Malo est construite en 1066. Peu après, un prieuré bénédictin s’installe vers 1070 sur la rive de Lanvallay : le prieuré de la Madeleine-du-Pont.
Ce développement est encouragé par les descendants de Josselin, notamment Olivier et Geoffroy Ier, qui font appel aux moines de Saint-Florent de Saumur pour renforcer la présence monastique sur les bords de la Rance.
Aujourd’hui encore, quelques vestiges de ce premier ensemble monastique subsistent entre la rue du Four et la rue de l’Abbaye, à Lanvallay.
XIIème siècle
À l’étroit sur son promontoire, la ville de Dinan s’étend progressivement quelques centaines de mètres en retrait du château, sur son emplacement actuel. Grâce à sa position stratégique et à l’activité de son port, la cité naissante connaît rapidement un véritable essor.
Dinan se développe alors autour de deux paroisses préexistantes : la paroisse Saint-Malo et la paroisse Saint-Sauveur. Afin de préserver leur statut religieux, elles sont transformées en prieurés en 1108, tout en restant au cœur de la vie spirituelle de la ville.
Dans ce contexte de croissance, une seconde église paroissiale est édifiée : l’église Saint-Sauveur, dès 1123. Sa construction témoigne clairement de l’augmentation de la population et du dynamisme de la ville à cette époque.
En 1124, à la mort de Geoffroy Ier, la seigneurie de Dinan est partagée entre ses deux fils, par tirage au sort : Olivier II et Alain de Dinan. Olivier II reçoit la partie nord de la ville ainsi que le château, tandis qu’Alain de Dinan obtient la partie sud, ainsi que le château de Léhon et la seigneurie de Bécherel.
Selon certaines sources, le château de Dinan aurait ensuite été progressivement délaissé par les seigneurs de la partie nord. Ils auraient alors fait construire un palais seigneurial, intégré plus tard au couvent des Cordeliers, fondé en 1251.
Au milieu du XIIe siècle, en 1154, le géographe arabe Al Idrissi décrit Dinan comme une « ville ceinte de murs en pierre, commerçante, et port d’où l’on expédie de tous côtés des marchandises ». Cette description est sans doute partiellement idéalisée, mais elle témoigne néanmoins de l’importance croissante de la cité et de son rôle commercial.
Il est probable qu’à cette époque, des premiers éléments de fortification existaient déjà, notamment sur les côtés nord et nord-ouest, les plus exposés aux attaques. Toutefois, aucun document contemporain n’ayant été conservé, il est difficile de dater précisément les débuts de la construction des remparts.
Certaines portions, comme la base de la porte Saint-Malo ou quelques segments de courtines, pourraient néanmoins remonter à cette période ancienne, marquant les premières étapes de l’enceinte fortifiée de Dinan.
XIIIème siècle
Aux XIIe et XIIIe siècles, Dinan est déjà une ville bien installée et prospère. Sur son promontoire dominant la Rance, la cité s’est affirmée comme un centre actif, où se croisent échanges commerciaux, vie religieuse et pouvoir seigneurial. Les seigneurs de Dinan sont alors à la tête d’une ville dynamique, en pleine croissance. Dans cette période d’expansion, la ville voit apparaître ses premiers grands établissements religieux intra-muros. Entre 1215 et 1221, les Dominicains — aussi appelés Jacobins ou frères prêcheurs — s’installent à Dinan. Quelques décennies plus tard, en 1251, les Cordeliers fondent à leur tour leur couvent. Ces implantations témoignent de l’importance grandissante de la cité, capable d’accueillir plusieurs ordres religieux au cœur même de son enceinte.
Ce succès ne passe pas inaperçu. La richesse et la position stratégique de Dinan attirent rapidement les convoitises, notamment celles du duc de Bretagne, Jean Ier. En 1264, il s’empare de la ville, au détriment des droits d’Henri III d’Avaugour, héritier de la seigneurie. C’est un moment décisif dans l’histoire de Dinan : les deux entités, Dinan Nord et Dinan Sud, jusque-là partagées entre différentes lignées seigneuriales, sont réunies en une seule et même ville.
Après près de vingt années de tensions politiques, de procédures et d’intimidations, l’autorité ducale s’impose définitivement. En 1283, Dinan entre dans le domaine des ducs de Bretagne. La ville devient officiellement une ville ducale, intégrée à l’organisation du pouvoir breton. Cette nouvelle étape marque une évolution majeure : Dinan n’est plus seulement une cité seigneuriale prospère, mais une ville pleinement intégrée aux enjeux politiques et stratégiques du duché, dont le rôle s’affirme et dont le rayonnement s’accroît.
XIVème siècle
Sous l’autorité des ducs de Bretagne, l’essor de Dinan se poursuit et la ville prend définitivement son visage médiéval. En 1319, le vaste « Champ aux chevaux », correspondant aujourd’hui aux places du Champ et Du Guesclin, est aménagé et témoigne de l’ampleur des marchés dinannais. Cette tradition commerciale, déjà bien ancrée au Moyen Âge, se perpétue encore aujourd’hui avec le grand marché du jeudi.
Mais c’est surtout à cette époque que les ducs de Bretagne marquent durablement la ville avec la construction de son enceinte fortifiée. Avec une circonférence de plus de trois kilomètres, quatre portes et de nombreuses tours, les remparts de Dinan comptent parmi les plus importants de Bretagne, juste après ceux de Nantes et de Rennes. La ville devient alors une véritable place forte, pilier de la défense du nord-est du duché.
Dans ce même mouvement de développement, le couvent des Trinitaires est fondé en 1336, venant enrichir encore le tissu religieux de la cité.
Cependant, le XIVe siècle est aussi une période de troubles. En 1341, à la mort du duc Jean III de Bretagne sans héritier direct, une crise de succession éclate. Deux prétendants s’opposent : Jeanne de Penthièvre, soutenue par Charles de Blois et liée au roi de France, et Jean de Montfort, demi-frère du duc défunt, allié au roi d’Angleterre. La Bretagne s’enfonce alors dans une guerre de succession qui durera vingt-trois ans, jusqu’en 1364.

En 1357, dans ce contexte de guerre, Dinan est assiégée par les troupes anglaises du duc de Lancaster et les partisans de Jean de Montfort. La ville est défendue par Bertrand Du Guesclin et son frère Olivier. Lors d’une trêve, Olivier est capturé par Thomas de Canterbury, chevalier anglais et frère de l’archevêque de Canterbury. Furieux, Bertrand Du Guesclin le provoque en combat singulier sur la place du Champ et en sort vainqueur. Peu après, le siège est levé sur ordre du roi d’Angleterre, et les troupes anglaises se retirent vers Rennes. ( Récit du combat sur ce site dédié à la guerre de 100 ans: https://la-guerre-de-cent-ans-et-nous.com/siege-de-dinan-1359-du-guesclin-contre-canterbury/ )
Figure majeure de ce conflit, Bertrand Du Guesclin reste une personnalité complexe de l’histoire bretonne. Célébré comme l’un des grands capitaines français de la guerre de Cent Ans, il est aussi perçu par certains comme un acteur ayant contribué à l’intégration progressive de la Bretagne dans l’orbite du royaume de France. Né vers 1320 au château de la Motte-Broons, près de Dinan, il consacre sa vie à la guerre contre les Anglais. Le 2 octobre 1370, il est nommé connétable de France par Charles V, devenant ainsi le chef des armées royales. Il meurt en 1380 lors du siège de Châteauneuf-de-Randon, en Auvergne, loin de sa Bretagne natale qu’il considérait comme « ma nation et mon pays ».
Son décès donne lieu à un destin funéraire exceptionnel. Son corps est partagé selon plusieurs usages de l’époque : ses entrailles reposent au Puy-en-Velay, son cœur est ramené en Bretagne et placé dans la chapelle des Jacobins à Dinan, tandis que ses ossements sont inhumés à la basilique de Saint-Denis, aux côtés des rois de France. Ses chairs sont enterrées au couvent des Cordeliers de Montferrand. Aujourd’hui encore, trois de ces sépultures sont connues et partiellement conservées, la quatrième, celle de Montferrand, ayant disparu pendant la Révolution française.
À la fin du XIVe siècle, entre 1384 et 1393, le duc Jean IV renforce encore la défense de la ville en faisant construire le donjon, ou tour ducale. C’est également à cette période que le tracé définitif de l’enceinte de Dinan se stabilise, donnant à la ville la silhouette fortifiée que l’on peut encore admirer aujourd’hui.
XVème siècle
Dès 1418, Dinan s’organise comme une véritable ville médiévale structurée. Elle dispose d’une organisation municipale, la « communauté de ville », et envoie des députés aux États de Bretagne. Sur le plan judiciaire, la cité devient également le siège d’une sénéchaussée ducale, confirmant son rôle administratif et politique dans le duché.
Cette prospérité de la fin du Moyen Âge fait de Dinan un important centre religieux. Dès le XIIIe siècle, les Dominicains et les Franciscains s’y étaient déjà installés, mais en 1458, ils sont rejoints par les Clarisses, renforçant encore le rayonnement spirituel de la ville.
Parallèlement, les grandes églises paroissiales connaissent d’importantes transformations. L’ancienne église Saint-Malo est abandonnée puis reconstruite intra-muros à partir de 1490, tandis que l’église Saint-Sauveur fait l’objet d’un vaste chantier de reconstruction, reflet de la vitalité et de la croissance de la population dinannaise.
Cette prospérité se lit aussi dans l’espace urbain et symbolique. Le développement de la bourgeoisie locale se manifeste avec la construction de la Tour de l’Horloge dans les années 1470. Véritable symbole du pouvoir municipal, elle s’impose dans le paysage face au donjon ducal et aux clochers des institutions religieuses, illustrant l’équilibre des pouvoirs dans la ville.
Dans le même temps, les fortifications sont modernisées pour s’adapter aux évolutions militaires, notamment avec l’ajout de tours d’artillerie. Certaines d’entre elles portent encore les armes de Jean II de Coëtquen, capitaine de Dinan entre 1476 et 1481.

Mais la fin du XVe siècle marque un tournant décisif. Le 28 juillet 1488, la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier oppose les troupes du roi de France aux forces du duc de Bretagne François II. Les Bretons sont défaits, mettant un coup d’arrêt à la coalition des grands seigneurs opposés à l’expansion du royaume.
Après la bataille, Jean IV de Rieux, chef des armées bretonnes et tuteur de la jeune Anne de Bretagne, se replie vers Dinan. Le 4 août 1488, l’armée française arrive aux portes de la ville. Sans combat, le gouverneur remet les clefs de Dinan aux représentants du roi de France.
Le traité du Verger, signé le 19 août 1488, officialise cette situation : plusieurs villes stratégiques, dont Dinan, Saint-Malo et Fougères, sont placées en garantie sous contrôle du roi de France. Le duc François II doit également accepter que ses filles ne puissent se marier sans l’accord royal.
Malgré cet accord, les tensions persistent et la guerre reprend jusqu’en 1491. Elle s’achève par le mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne, âgée de 14 ans, devenue duchesse en 1489 après la mort de son père.
Avec le recul, la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier est souvent considérée comme un moment clé de l’histoire bretonne, marquant la fin de l’indépendance du duché et son intégration progressive au royaume de France.
XVIème siècle
En août 1532, comme l’ensemble des villes bretonnes, Dinan est définitivement rattachée au royaume de France. La cité reste toutefois une place importante, solidement enfermée dans ses puissants remparts, qui continuent de structurer sa vie et son développement. La tradition rapporte même qu’Anne de Bretagne qualifiait Dinan de « clé de ma cassette », soulignant ainsi son importance stratégique et symbolique. Elle aurait d’ailleurs offert en 1507 la cloche qui orne le beffroi de la Tour de l’Horloge, édifiée quelques décennies plus tôt, véritable emblème du pouvoir municipal.
Au XVIe siècle, Dinan conserve un rôle politique de premier plan. En 1573, le couvent des Cordeliers accueille les États généraux de Bretagne, confirmant le statut de la ville comme lieu de réunion et de décision.
Mais cette période de relative stabilité est bientôt bouleversée par les guerres de Religion. En 1582, Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, est nommé gouverneur de Bretagne par Henri III. Catholique convaincu, il devient l’un des principaux chefs de la Ligue catholique en Bretagne après l’avènement au trône du protestant Henri IV. Dans ce contexte de tensions religieuses et politiques, il nourrit même l’ambition de restaurer une forme d’indépendance du duché au profit de sa propre lignée, sa femme étant héritière des Penthièvre.
Entre 1585 et 1598, la Bretagne est entraînée dans la huitième guerre de Religion. Longtemps relativement épargnée, elle entre à son tour dans le conflit en 1589 sous l’impulsion du gouverneur. Dinan devient alors une place forte de la Ligue catholique, malgré les réticences d’une partie de la population. Mercœur en renforce les défenses et transforme la ville en véritable bastion militaire, allant jusqu’à faire du donjon sa résidence principale.
Dans ce cadre, il fait aménager en 1585 un passage souterrain (souterrain Mercoeur) reliant le donjon à la tour de Coëtquen, en passant par la porte du Guichet, destinée à faciliter les déplacements militaires. En 1593, il fait murer plusieurs accès stratégiques, dont la porte du Guichet (rouverte seulement en 1932) et la porte du Jerzual (rouverte en 1642). La porte Saint-Malo est également renforcée et transformée en véritable bastion défensif (bastion Mercoeur), équipé de herses, d’assommoirs et de dispositifs de protection avancés.
C’est pourtant par cette même porte, en février 1598, que les troupes royales parviennent à entrer dans la ville, grâce à la complicité de certains habitants, entraînant la reddition du duc de Mercœur et de ses forces.
Quelques semaines plus tard, Henri IV signe l’édit de Nantes le 15 avril 1598. Ce texte met fin à plusieurs décennies de guerres de Religion en instaurant une forme de tolérance entre catholiques et protestants.
À partir de cette période, les remparts de Dinan perdent progressivement leur rôle militaire. Leur fonction défensive s’efface, et leur entretien devient moins prioritaire, marquant le début d’une nouvelle époque pour la cité.
XVIIème siècle
L’histoire de Dinan ne s’arrête pas à la fin du Moyen Âge. Bien au contraire, la ville se transforme en profondeur. Deux siècles de paix relative lui permettent de changer de visage : de place forte militaire, elle devient peu à peu une ville de couvents et de spiritualité.
Tout au long du XVIIe siècle, les ordres religieux s’y installent en nombre. Le couvent des Ursulines est fondé en 1617, suivi en 1625 par ceux des Dominicaines et des Catherinettes, puis en 1633 par le couvent des Bénédictines. Ces nouvelles communautés viennent s’ajouter à celles déjà présentes depuis le Moyen Âge : Clarisses, Jacobins, Trinitaires et Cordeliers, faisant de Dinan un véritable tissu monastique au cœur de la cité.
En 1634, le couvent des Cordeliers accueille pour la seconde fois les États de Bretagne, confirmant encore le rôle politique et institutionnel de la ville dans la province.
Mais Dinan ne vit pas seulement au rythme des cloîtres. Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, sa prospérité repose largement sur la production et le commerce de la toile. Exportée d’abord vers l’Europe du Nord, cette production prend une nouvelle dimension à partir des guerres de Louis XIV, en se tournant vers l’Espagne et les colonies américaines.
La ville connaît alors une activité artisanale intense à l’intérieur de ses remparts. Le port sur la Rance joue un rôle essentiel dans ces échanges : Dinan contrôle une partie de la voie fluviale reliant l’arrière-pays à Saint-Malo. Par cette route transitent notamment des toiles destinées à la fabrication des voiles de navires, produites grâce au travail des nombreux tisserands installés dans la cité.
Ainsi, derrière ses murs devenus paisibles, Dinan continue de vivre, de produire et de commercer, inscrivant son histoire dans les grands échanges économiques de son époque.
XVIIIème siècle
Les nombreuses maisons à pans de bois du centre historique témoignent encore aujourd’hui de cette longue prospérité. Édifiées principalement entre le XVIe et le XVIIIe siècle, qu’elles soient à porches ou à vitrines, ces demeures sont longtemps l’apanage des nobles et des riches bourgeois. À partir du XVIIIe siècle, l’essor des hôtels particuliers en pierre modifie progressivement les modes d’habitation et marque une nouvelle étape dans l’évolution urbaine de la ville.
À partir de 1769, Dinan s’intéresse également à un nouvel atout : la « Fontaine des Eaux ». Cette source d’eau minérale, connue depuis 1648 et réputée pour ses vertus « miraculeuses » selon les croyances de l’époque, attire une fréquentation croissante. Une station thermale y est aménagée et accueille chaque année de nombreux visiteurs, jusqu’à sa destruction lors d’un violent ouragan en 1929.
Dans le même temps, la ville commence à se transformer. Dès 1781, alors que Dinan conserve encore l’intégrité de ses remparts, l’aménagement du Grand Chemin — l’actuelle rue du Général-de-Gaulle — modifie profondément la circulation urbaine. Cet axe, reliant le port au centre-ville en longeant les fortifications, entraîne les premiers démantèlements de la muraille. Entre 1781 et 1783, une tourelle ainsi que la tour du Bois-Harouard sont détruites pour permettre la création de cette nouvelle voie.
À la veille de la Révolution, Dinan présente encore une forte empreinte ecclésiastique : près d’un tiers des biens intra-muros appartient au clergé. La ville traverse cependant la période révolutionnaire sans bouleversements majeurs, même si la plupart des couvents sont fermés et leurs biens confisqués. Cette réorganisation permet une nouvelle utilisation des espaces religieux, notamment pour l’activité artisanale et manufacturière. Ainsi, en 1802, l’ancien couvent des Ursulines est transformé en manufacture de tissage de toiles à voiles.
Mais les troubles de la fin du XVIIIe siècle ne sont pas absents. Dès 1791, la région est touchée par la Chouannerie, un conflit civil opposant Républicains et Royalistes dans l’Ouest de la France. En Bretagne, une partie de la population s’oppose aux transformations issues de la Révolution, dans un contexte marqué par la disparition des anciennes structures politiques et des spécificités locales abolies en 1789.
XIXème siècle
Face aux tensions persistantes, la ville de Dinan est remise en état de défense en juin 1815. Dans le contexte troublé de cette période, une nouvelle insurrection chouanne éclate brièvement. Des troupes sont levées dans la région, et Dinan redevient un point d’appui militaire temporaire.
À cette occasion, un fait d’armes marquant se produit : huit officiers de la légion de Dinan s’emparent du fort La Latte en escaladant ses murailles et en surprenant la garnison, qui se rend sans résistance. Peu après, environ 200 chouans dinannais, rejoints par près de 600 hommes supplémentaires, prennent la ville de Plancoët alors occupée par les républicains, qui se replient sur Dinan sans combat.
Dans ce climat instable, les symboles changent rapidement. Le drapeau tricolore est hissé sur la tour de l’Horloge le 25 mars 1815, avant que la situation ne bascule de nouveau quelques mois plus tard. Dans les campagnes environnantes, une armée de volontaires royalistes se constitue sous la direction de Toussaint du Breil, vicomte de Pontbriand, ancien officier de l’armée française et chef chouan de la région de Dinan. Il rassemble environ un millier d’hommes et marche sur la ville à l’été 1815.
Le 23 juillet, face à cette pression et aux menaces d’entrée en force, Dinan accepte finalement l’arrivée de Pontbriand et de ses troupes. Celles-ci pénètrent dans la ville par la porte Saint-Malo, en présence du représentant royal, le prince de la Trémoïlle. Aucun affrontement n’a lieu : la transition se fait sans combat.
Au XIXe siècle, une fois le calme revenu, Dinan entre dans une nouvelle phase de son histoire. Le port perd progressivement de son importance, tandis que la ville s’ouvre davantage grâce à la construction du viaduc en 1852, qui désenclave le site, puis à l’arrivée du chemin de fer avec la 1ère gare SNCF de Dinan de 1879. Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte plus large de modernisation, marqué notamment par le service militaire obligatoire instauré en 1870 et la construction de casernes à Dinan à partir de 1874.
La ville se transforme alors en centre résidentiel et de villégiature. De nombreuses demeures bourgeoises apparaissent, et Dinan devient une destination prisée, notamment par une clientèle britannique séduite par son patrimoine médiéval exceptionnel.
Dans le même temps, des régiments militaires — hussards et dragons — s’installent dans les casernes Beaumanoir et Du Guesclin, renforçant encore la présence militaire dans la ville.
Cependant, cette période est aussi marquée par une prise de conscience patrimoniale. La destruction de la porte de Brest en 1881 alerte sur la fragilité des remparts. En réponse, leur valeur historique est reconnue et l’ensemble de l’enceinte est classé au titre des Monuments historiques en 1886, assurant ainsi leur préservation pour les générations futures.
XXème siècle
En 1907, lors de son passage dans le pays de Dinan, Thomas Edward Lawrence, futur Lawrence d’Arabie, tombe sous le charme de la vallée de la Rance. Il la compare aux rives de la Tamise à Londres, soulignant la beauté singulière du paysage dinannais.
La même année, dans la nuit du 3 au 4 février, un incendie détruit cinq maisons à pans de bois sur la place des Cordeliers, rappelant la fragilité de ce patrimoine ancien.
Au début du XXe siècle, Dinan est une ville de garnison, avec le 10e régiment d’artillerie et le 13e régiment de hussards stationnés en ville.
Dans les années 1930, la cité poursuit sa modernisation avec la construction de bâtiments publics de style néo-breton, influencés par le mouvement Ar Seiz Breur, qui cherche à renouveler l’identité artistique bretonne : la gare, la poste, la caisse d’épargne ou encore le dispensaire témoignent de cette évolution.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Dinan est occupée par les troupes allemandes sans rencontrer de résistance majeure, une garnison importante s’y installant en raison de la proximité des côtes.
L’occupation est contraignante et marquée par des réquisitions de logements, mais reste moins destructrice que dans d’autres régions.
Le 2 août 1944, les forces américaines de la 6th Armored Division arrivent à Lanvallay et se heurtent à une forte résistance allemande, perdant plusieurs chars.
Les combats entraînent un contournement de la zone et des bombardements intenses : entre 10 h 30 et 17 h 30, environ 1 500 à 2 000 obus tombent sur Dinan.
Le 5 août au soir, les Allemands détruisent une partie du viaduc et le petit pont sur la Rance avant de se replier.
Le 6 août 1944, un groupe de reconnaissance américain constate l’évacuation de la ville. Les troupes entrent à Dinan dans l’après-midi après l’installation d’une passerelle provisoire et libèrent la cité.
Le bilan est de 23 morts et 40 blessés, avec quatre maisons détruites et environ 250 endommagées. La ville échappe ainsi à une destruction massive comme d’autres villes bretonnes ou normandes.
Après-guerre, Dinan perd progressivement son rôle militaire. Les casernes, occupées successivement par hussards, dragons puis artillerie, se vident peu à peu.
En 1979, le 11e régiment d’artillerie de marine quitte la caserne Du Guesclin, et les derniers militaires partent en 1998.
Les casernes Beaumanoir et Du Guesclin sont ensuite rachetées par la commune. Environ 60 % des bâtiments sont conservés pour créer le quartier Europe, mêlant réhabilitations, constructions contemporaines et espaces verts sur près de 15 hectares.
En 1986, Dinan devient la deuxième ville bretonne labellisée « Ville d’art et d’histoire », un label du ministère de la Culture créé en 1985 pour valoriser les territoires engagés dans la protection et la mise en valeur de leur patrimoine.
Aujourd’hui, le réseau compte 146 « Villes et Pays d’art et d’histoire », dont treize en Bretagne. Dinan y occupe une place remarquable, portée par la richesse et la continuité de son patrimoine.
XXIème siècle
Depuis septembre 2017, Dinan et Léhon ont engagé un processus de rapprochement pour former une commune nouvelle. Par arrêté préfectoral, la commune nouvelle de Dinan-Léhon est officiellement créée le 1er janvier 2018, en lieu et place des anciennes communes de Dinan et de Léhon, désormais réunies dans une même entité administrative.
Dans la nuit du 22 au 23 juin 2019, un violent incendie frappe le centre historique et détruit l’une des plus anciennes maisons de Dinan, datant de 1457 et abritant le restaurant de la Mère Pourcel. Face à l’ampleur du sinistre, quatre camions-échelles et 84 sapeurs-pompiers sont mobilisés et mettent en place des rideaux d’eau afin d’empêcher la propagation des flammes aux bâtiments voisins.
Alors que les remparts de Dinan se dressent depuis près de dix siècles, plusieurs portions connaissent récemment des fragilités. Des effondrements surviennent en juin 2007 et en mars 2015 rue du Général-de-Gaulle, puis en décembre 2020 au niveau de la porte du Jerzual, et en janvier 2021 aux Petits Fossés. À chaque fois, les infiltrations d’eau sont identifiées comme la principale cause de ces dégradations. Ces événements rappellent la fragilité d’un patrimoine pourtant exceptionnel et la nécessité d’une vigilance constante.
Dans ce contexte, d’importants travaux de restauration sont engagés. Depuis novembre 2022, une vaste campagne de restauration est lancée pour une durée de deux ans, représentant un investissement d’au moins 4,5 millions d’euros. Environ 500 mètres de courtines ainsi que trois tours sont concernés. Les travaux consistent notamment à retirer la végétation infiltrée dans les maçonneries, reprendre les murs et refaire les joints, afin de consolider durablement l’enceinte.
Ce chantier, ambitieux et coûteux, est essentiel pour permettre aux générations futures de continuer à admirer ces fortifications qui ont traversé les siècles, survivant aux guerres et aux bombardements. À travers cet effort de préservation, les Dinannais affirment leur volonté de faire vivre et transmettre l’histoire de leur ville.
Aujourd’hui encore, les maisons à colombages bordent les places et les rues emblématiques du centre historique, comme la place des Cordeliers, la rue de l’Horloge ou la rue du Jerzual. Les églises Saint-Malo et Saint-Sauveur dominent toujours la silhouette urbaine, au cœur des anciens quartiers paroissiaux.
Grâce à la richesse de son patrimoine, Dinan s’impose aujourd’hui comme une cité majeure du tourisme et de la culture en Bretagne. Sa mise en valeur s’appuie sur des actions de transmission et d’animation, comme la Fête des Remparts, organisée tous les deux ans et qui fait revivre son passé médiéval.
Plus que jamais, la ville continue de se construire entre héritage et modernité, avec le souhait de préserver ce patrimoine unique et de transmettre l’histoire qui a façonné son identité au fil des siècles.

Dessin de M. Dufeil
RAO (Revue archéologique de l’Ouest) intitulé « Dinan (Côtes-d’Armor) : nouvelles données sur la ville médiévale », publié sur la plateforme OpenEdition Journals.
